Réflexions sur le développement et actualités du réseau

26/07/2018
Les résumés quotidiens de l'Atelier du Réseau prospective territoriale

L'Atelier du Réseau "les futurs des métiers du développement" (atelier de prospective) a eu lieu du 11 au 15 juin 2018. Tout au long de l'atelier, les participants se sont organisés pour communiquer sur l'avancée des travaux au jour le jour. L'ensemble de ces contributions est disponible ici.

Lundi 11/07

 

 

Mardi 12/07

Mercredi 13/07

Jeudi 14/07

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06/06/2018
Conférence de Philippe Durance sur la prospective - 15 juin

Dans le cadre de l'atelier de prospective sur les futurs des métiers du développement (11 au 15 juin 2018), organisé par le RAFOD, co-animé par le CIEDEL et appuyé par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le RAFOD accueille Philippe Durance (CNAM) - une référence sur la prospective en France - pour une conférence de clotûre. La conférence aura lieu de 14h30 à 16h30 à l'Université Catholique de Lyon, campus Saint-Paul. Tout public, inscription obligatoire.

Philippe Durance, auteur d'ouvrages de référence sur la prospective (2014, La prospective stratégique en action, édition Odile Jacob ; 2017 Le long terme comme horizon. Système d’anticipation et métamorphose des organisations, éditions Odile Jacob ; ...) proposera son point de vue et répondra aux questions en deux temps :

  • son regard sur l'évolution de la prospective (qui le fait, comment, pourquoi), notamment à partir de sa propre expérience ;
  • son regard sur l'utilité de la prospective et à quelles conditions elle peut être utile.

Les participants à l'atelier de prospective sur les futurs des métiers du développement feront partie de l'assemblée.

Pour participer

Pour participer à la conférence, merci de vous inscrire sur le formulaire suivant (ce qui nous permet de calibrer la salle) : https://goo.gl/forms/FXN8uJMok3oefs563

14h30 - 16h30
au RAFOD
Dans l'Université Catholique de Lyon, campus Saint-Paul,
10 place des archives, salle B404
 

Avec le soutien de la Région Auvergne-Rhône-Alpes

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04/06/2018
Atelier prospective : suivre l'atelier à distance pour les membres du réseau

Le prochain atelier du réseau aura lieu du 11 au 15 juin 2018 et permettra de travailler sur la prospective sur les futurs des métiers du développement. Pour tous les membres du réseau qui ne participeront pas à l'atelier, un dispositif de communication permettra d'avoir en distance les éléments forts de l'atelier. Découvrez comment suivre l'évolution des travaux tout au long de la semaine.

Le programme pour suivre l'atelier à distance :

Du lundi au jeudi

  • Une séance vidéo d'une quinzaine de minute sera proposée chaque soir (17h30) pour faire le point à chaud sur les réflexions fortes de la journée (sur https://join.me/reseau-des-praticiens)
  • Un compte rendu écrit rédigé par l'un des participants sera proposé chaque jour (le compte rendu du lundi sera disponible le mardi etc.)
  • Partage de ressources proposées aux participants (espace réseau)

Le vendredi

  • Le support utilisé pour la restitution des travaux le vendredi matin sera transmis aux participants
  • (sous réserve de confirmation) La conférence de Philippe Durance sera filmée et proposée en direct sur le groupe Facebook des Praticiens du Développement

Un point plus détaillé sera ensuite proposé dans les semaines à suivre sur :

  • le résumé des principaux enseignements de l’atelier en termes de métiers, d’enjeux, de posture
  • quelques étapes à venir pour l’évolution du réseau en fonction de ces résultats

Des éléments seront communiqués par email pour affiner l'ensemble du dispositif et faciliter la participation.

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04/06/2018
In'Co toujours en recherche de financement

Le projet In'Co, programme d'intelligence collective pour les transitions, n'a pas été retenu à la commission de financement de l'AFD en mai. Le financement demandé était nécessaire pour la mise en place du programme sur 3 ans. Un coup d'arrêt pour l'évolution du réseau qui ne doit pas faire oublier la bonne dynamique et les propositions de fond portées autour d'In'Co.

In'Co, principales difficultés pour financer le programme

Le programme In'Co, élaboré à partir du diagnostic participatif du Réseau réalisé en 2016, avait été présenté à l'Agence Française de Développement (AFD) l'an dernier. Il avait reçu un premier avis favorable, notamment parce qu'il rentre en phase avec un certain nombre d'orientations de l'AFD, sur la mise en œuvre des transitions et la prise en compte des ODD sur les territoires. La devise de l'AFD, "un monde en commun", rappelle la nécessité de porter 5 grandes transitions (sociale, énergétique, territoriale, numérique et citoyenne), au Nord comme au Sud. C'est pourquoi In'Co a fait l'objet de discussions et a été défendu par certain(e)s professionnel(le)s au sein de l'institution.

Pour autant, In'Co n'a pas été retenu. Le projet était visiblement trop ambitieux, en rapport avec la taille et la visibilité du RAFOD (qui porte le projet auprès de l'AFD). L'Agence Française de Développement a choisi, dans un cadre budgétaire contraint, de financer des projets plus concrets, plus "sûrs". Cela ne signifie pas que ce type de projet ne pourra pas exister, mais sans doute qu'il était un peu tôt pour l'AFD pour se lancer avec un nouveau partenaire sur un projet de cette ambition.

La dynamique en place : In'Co reste en phase avec les problématiques actuelles

Où en sommes-nous après ce coup d'arrêt pour In'Co ? D'abord, nous soulignons qu'une belle dynamique a été engagée autour d'In'Co dans le réseau (un certain nombre de pays ont par exemple réalisé des fiches pays collectivement) et à l'extérieur. Nous avons reçu de nombreux retours très positifs de structures travaillant ou se questionnant, pour le dire de manière large, sur les transitions. Nous restons donc persuadés qu'un programme tel qu'In'Co est tout à fait d'actualité. Il permet par exemple :

  • D’appuyer des dynamiques d’'innovation sociale et territoriale dans des projets concrets ;
  • De mettre en place une conception différente (et plus équilibrée) des partenariats Nord-Sud (ou Sud-Nord) et Sud-Sud notamment ;
  • De faire évoluer le réseau avec des modes de fonctionnement expérimentaux.

La suite pour le Réseau

A court terme, l'un des impératifs est de trouver des moyens pour continuer à faire fonctionner le Réseau, c'est à dire de s'assurer de pouvoir faire un travail d'animation et de communication et dans la mesure du possible favoriser des productions collectives. L'absence de financements pour assurer le fonctionnement pèserait lourdement sur l'avenir du Réseau et, de fait, sur le RAFOD. L'équipe du RAFOD est activement en recherche de ces financements.

L'autre travail à faire rapidement concerne la réévaluation de la stratégie du Réseau, qui aura sans doute besoin d'être redéfinie. In'Co fait partie intégrante de la stratégie actuelle. Un premier atelier de travail sur la stratégie aura lieu à Lyon samedi 16 juin avec une vingtaine de membres présents à l'atelier du réseau sur la prospective (en outre tous les membres présents à Lyon sont aussi invités à participer).

Il reste qu'un certain nombre d'actions prévues dans In'Co peuvent se mettre en place de manière adaptée au sein du Réseau :

  • Concernant l'axe "appropriation des enjeux internationaux et locaux des transitions et des ODD", l'Université Virtuelle Environnement et Développement Durable propose un MOOC sur les ODD à partir du 3 septembre 2018. Nous allons travailler à une manière de suivre le MOOC individuellement et collectivement pour améliorer l'appropriation des ODD au sein du Réseau et des organisations des membres ;
  • Concernant l'axe "nouvelles formes de collaboration, construction et diffusion de pratiques", nous pensons que la mise en place des communautés de pratiques, notamment autour de projets concrets, peut être expérimentée avec des moyens réduits. En savoir plus sur les communautés de pratiques.

Le Réseau reste un cadre plus qu'intéressant pour agir sur les transitions et contribuer à atteindre les ODD. A nous de faire le nécessaire et trouver des moyens pour faire évoluer les modèles de développement.

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29/05/2018
Focus acteur : Samyla Amirouche, dirigeante et militante chez ACDC (Algérie)

Samyla Amirouche est dirigeante d’ACDC (Association pour la Culture et le Développement Communautaire), une association Algérienne qu’elle a contribué à créer en 1999. Elle se décrit plus volontiers comme une militante associative qui est motivée par l’expérimentation de modes de travail en commun pour contribuer à faire évoluer les initiatives citoyennes algériennes.

Bonjour Samyla. Est-ce que tu peux nous dire ce qu’est ACDC et ce que tu y fais ?

ACDC, ce n’est pas vraiment une association au sens traditionnel, c’est-à-dire une structure, mais plutôt une forme de réseau. Notre but c’est principalement d’accompagner l’évolution du tissu associatif local. Nous travaillons sur le terrain avec différents acteurs axés sur le développement local et communautaire.

Notre idée a été, petit à petit, de faire évoluer notre fonctionnement en penchant plutôt vers une logique de réseau, avec un noyau permanent qui fait le lien avec tout un réseau de personnes et d’associations. Chacune intervient dans le cadre d’actions mises en place par ACDC. On ne souhaite pas créer une grande structure qui brasse des projets et du personnel mais plutôt d’essaimer à travers cette logique de réseau.

Depuis la création d’ACDC, j’ai à la fois un rôle pédagogique, le soutien et l’accompagnement d’autres acteurs associatifs, et un rôle plus « politique » puisqu’il faut réfléchir aux orientations de l’association et continuer à s’inscrire dans un contexte concret.

Tu as créé ACDC, donc ?

Nous avons créé ACDC en 1999, avec Nazim. A ce moment, nous faisions partie d’un groupe de jeunes d’Alger, évoluant dans un milieu urbain. Après plusieurs années de terrorisme (ce que nous appelons les années noires), la jeunesse avait peu d’accès à la culture et peu de liens, d’engagements collectifs.

En 1999 les choses commençaient à s’apaiser dans le pays. On a commencé à réfléchir à la manière d’investir le terrain, en tant que jeunes. Nous voulions montrer notre capacité à porter des changements, affirmer notre volonté. Ensemble on pouvait transformer les choses, les faire évoluer.

Dans une structure que tu décris comme une constellation, quel est le mode de fonctionnement ?

En fait, nous sommes deux fondateurs et nous nous sommes très vite confrontés au modèle de fonctionnement des associations. ACDC a eu le soutien d’ONG de développement. Alors qu’on se voulait plutôt militants et bénévoles, un statut que nous gardons et revendiquons, nous avons rapidement été questionnés sur les modèles qu’il nous conviendrait d’adopter pour professionnaliser notre action.

En 1999, quand on a commencé, tout était nouveau pour les associations. Il a fallu tout construire et, bien sûr, nous n’échappions pas à la règle. Nous nous interrogions constamment sur notre fonctionnement.

Aujourd’hui, nous essayons précisément de garder un point d’équilibre entre militantisme et professionnalisme. Il faut bien sûr, des compétences techniques mais en même temps on ne veut pas se retrouver coupés des réalités. Pour nous, c’est important d’avoir un contact fort avec les acteurs avec qui on travaille, de se mettre à leur place, essayer de construire des projets ensemble.

Ce qui est difficile, c’est que ce qui est exigé de nous en termes de gestion, c’est souvent très lourd – par exemple pour obtenir des financements. Or, je pense que toute cette gestion n’a pas lieu d’être, si on n’est pas dans une pratique de terrain et un travail de proximité.

Pour en revenir à la question du fonctionnement, je dirais que nous sommes beaucoup dans le principe du « faire ensemble » – petit à petit, on a axé notre action là-dessus. On a opté pour soutenir les mouvances associatives qui commençaient à naitre et en renforcer les liens.

Tu travailles plutôt sur le développement local ou le développement communautaire, puisque tu utilises les deux mots depuis le début de cette discussion ?

Notre idée de départ, c’était le développement communautaire, au sens large. Notre réflexion c’était de créer du commun : qu’est-ce qu’on peut faire ensemble ? On voulait trouver comment nourrir, innover, booster ce commun. On n’avait pas forcément l’idée de le faire au niveau local. On a essayé de monter un centre d’initiatives de jeunes, des projets pour la jeunesse, un portail de ressources pour les associations algériennes, des rencontres nationales, etc.

Pour moi, le développement local, c’est quelque chose que l’on a abordé ces 10 dernières années. En 2008-2009, on s’est installés dans une localité et on a décidé d’agir sur ce territoire et d’y développer des projets. C’est-à-dire de localiser notre action en quelque sorte. A ce moment, on n’avait pas dans l’idée de faire du développement local – du moins on n’utilisait pas ce mot. En fait, la plupart du temps, on réfléchit sur le sens et l’évolution de nos actions mais pas forcément avec des mots techniques.

Tu parles du tissu associatif algérien. Qu’est-ce que tu essayes d’améliorer ?

Après 20 ans de vie associative (depuis 1999), des associations se sont développées et sont devenues des institutions. Aujourd’hui, il y a un vrai développement quantitatif : ça foisonne, il y a beaucoup d’associations locales et l’agrément est beaucoup plus facile à avoir. Nous, ça nous avait pris 2 ans pour créer l’association.

Pour autant, on s’est rendu compte que sur la question de l’implication citoyenne, on était parfois loin du compte. On s’est un temps suffit de l’idée qu’en étant une association on était forcément biens, forcément dans le vrai. Mais on s’est rendu compte que même une association ne portait pas forcément les concepts que nous défendons aujourd’hui : la démocratie participative, le renforcement des individus, l’émancipation…

C’est là qu’on s’est dit qu’il fallait renforcer les associations pour porter la participation. Il y  avait un vrai travers : on critiquait les autorités locales parce qu’elles n’associaient pas assez les associations et les citoyens, mais c’était pareil pour les associations qui ne faisaient pas participer leur public. On a vu, par exemple, des projets pour les femmes créés sans les femmes.

Il y a donc tout un travail de formation et de formation-action à faire auprès des animateurs d’associations. Apprendre à faire des enquêtes terrain, à réfléchir des projets avec la population. Ce n’est pas possible de rendre la société civile porteuse de propositions si elle n’a pas un regard sur les projets qui sont faits pour elle.

A travers les formations, les agents de développement reviennent de leurs enquêtes de terrain très étonnés du résultat. Souvent, ils s’aperçoivent qu’ils construisaient leurs programmes et leurs projections sur des idées reçues, et pas sur la réalité du terrain.

Quels sont tes défis pour les années à venir ?

A titre personnel, j’aimerais beaucoup valider mon diplôme [au CIEDEL]. Ça faisait plusieurs années que je m’intéressais au CIEDEL – mais j’avais mis deux ans pour finalement leur écrire. Bref, ça a trainé mais maintenant que j’ai commencé avec des modules, j’aimerais aujourd’hui faire ça. J’ai une expérience très pratique depuis plusieurs années et j’ai besoin de valoriser tout cela.

Après, au niveau d’ACDC, notre principal défi c’est que les expériences enrichissantes qu’on a pu vivre soient partagées. J’espère qu’on va y arriver et aller encore plus loin sur cette question de réseau, « de constellation » comme tu la nommes.

Les choses sont là sans être là, mais il faut les organiser pour que ça soit plus efficace. Peut-être doit-on mettre en lumière certaines expériences menées « en catimini » pour influencer à plus ou moins grande échelle les politiques publiques. L’idée c’est d’arriver à faire essaimer certaines choses qu’on a testées : les démarches participatives, l’éducation populaire, les formation-action, le développement local... On peut optimiser toute cette richesse autour de nous pour gagner en influence.

Tu as parlé plus tôt d’un travail de pédagogie. La formation, c’est important pour toi ?

Je ne dirais pas uniquement la formation mais la pédagogie de manière générale. C’est prioritaire et inhérent à toute action de développement. Comment tu fais participer ? Comment tu animes avec finesse ? Comment on interagit avec les pouvoirs publics et on essaye de les comprendre ? Et ça même si la relation est difficile.

On parle souvent de formation - action ou de pédagogie émancipatrice plutôt que de formation. Je trouve que c’est une bonne porte d’entrée. Il s’y passe beaucoup de choses si on y apporte suffisamment d’énergie. Créer les conditions pour mettre en lien les participants, les amener à s’interroger ensemble sur leur devenir, c’est un super espace pour réfléchir, produire et agir sans danger, donc c’est émancipateur.

Comment tu envisages le travail en collaboration avec d’autres professionnels ?

C’est difficile à définir. Pour nous c’est presque un mécanisme. On travaille beaucoup sur la question du collectif et on essaie de pousser nos expérimentations jusqu’au bout.

J’ai envie de donner un exemple qui me vient en tête. Il y a quelques années, on a travaillé avec El Besma, une association locale pour l’intégration des personnes handicapées. Ils organisaient un événement sur une journée pour lequel ils avaient rassemblé tout un tas d’associations locales, dont ACDC. Il y avait d’ailleurs une grosse pression politique sur cette rencontre.

Un jour, on était tous réunis pour travailler à l’animation de cette journée, et il y avait quelqu’un d’extérieur, un photographe, qui nous regardait. Il nous a dit « je ne comprends pas, toi tu es de telle association et toi de telle autre, c’est bien ça ? ». Et quelqu’un a répondu « aujourd’hui on est tous El Besma, demain peut-être tous ACDC ».

J’ai trouvé ça super ! Ça exprimait bien la volonté d’être au-delà des structures, même si on les défend et qu’elles ont leurs valeurs propres. A la limite, si on n’est plus interconnectés avec d’autres, on n’a plus de raison d’exister.

Donc je pense qu’il faut partager des moments de réflexion et d’action, par exemple développer des activités ensemble. Ce qui est dangereux c’est de « se renfermer dans une structure comme dans une chapelle ». Parfois, certains membres nous reprochent de ne pas communiquer assez sur ACDC, comme si elle était diluée… Mais en fait nous ça nous va bien, ce n’est pas ACDC qu’on veut mettre en avant.

Nous publions cette interview dans le cadre du Réseau des Praticiens du Développement. Quel intérêt tu trouves dans ce réseau international ?

Le réseau des praticiens du développement, ça m’intéresse parce que ça résonne un peu avec ce que l’on fait. Globalement, la position des associations est fragile, avec des problèmes de moyens, des problèmes politiques… C’est pour ça que dans notre pratique on encourage la mutualisation de ressources ou l’optimisation d’espaces. On est plus forts quand on peut faire des choses ensemble.

Ce qui m’intéresse dans le Réseau des praticiens du développement c’est tout le travail de recensement [de pratiques, de professionnels] qu’il y a à faire. Et globalement le réseau pourrait devenir plus actif mais ça dépend aussi des membres. Je pense qu’il faut pousser, initier les membres du réseau à être plus qu’une liste et devenir porteurs de l’animation de ce réseau.

J’imagine bien une activité en Algérie ou au Niger, avec une thématique qui nous intéresse et à laquelle on puisse contribuer. Je pense que la décentralisation d’activités et de pratiques est nécessaire pour que ça s’ancre mieux dans les territoires et que les membres du réseau s’investissent.

Un auteur ou un livre que tu aimes bien pour terminer cette discussion ?

Sans hésiter, Michel Séguier qui a écrit ‘’ Construire des actions collectives - Développer les solidarités ’’ Il a beaucoup travaillé avec les centres sociaux et a écrit sur les pédagogies émancipatrices.

Je l’ai découvert un peu en tard, mais il mettait des mots et des idées sur beaucoup d’éléments que nous essayons de travailler dans notre marmite associative. C’est un peu technique mais très parlant sur toutes les questions de pédagogie active.

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15/05/2018
La prospective pour anticiper les évolutions des métiers du développement. Interview de Marc Lévy, GRET

Interview Marc Levy, GRET, Directeur de la Prospective

Marc Levy est directeur de la prospective au GRET, un poste qui fait suite à un parcours riche dans le monde de la solidarité internationale, souvent axé entre l’action et la réflexion. 

Bonjour Marc Levy. Vous êtes aujourd’hui directeur de la prospective au GRET. Qu’est-ce que vous entendez par prospective ?

La prospective, c’est avant tout une capacité à anticiper les évolutions. Au GRET, on porte un intérêt particulier sur les évolutions de type géopolitique mondiale. On ne craint pas d’observer ce qui nous entoure à ces échelles globales pour ensuite se préoccuper de l’impact que les évolutions peuvent avoir sur nos activités terrain, nos métiers. Il faut expliciter ces évolutions pour améliorer notre compréhension de notre environnement.

Notre motivation, c’est de constater des changements en cours pour pouvoir s’y adapter. Ce n’est pas seulement une prospective poussée par la curiosité ou le désir d’être plus « intelligents ». C’est parce que nous prenons le temps de constater des évolutions aujourd’hui que nous pouvons anticiper ce que ces « marges de changement » pourront donner dans un futur proche. D’ailleurs aujourd’hui, il n’est pas trop difficile de voir que ces changements nous menacent. 

Le GRET a un poste dédié à la prospective, pourquoi ?

Il y avait au GRET une direction scientifique qui était là pour recouvrir les activités de capitalisation et de publication. Je m’occupais de ce service dans lequel l’essentiel du travail était de faire le lien avec nos pratiques, sous forme d’allers-retours. L’aller, c’est le fait de capitaliser les pratiques, les méthodes, les problèmes rencontrés, pour gagner en savoir. Le retour, c’est l’utilisation de cette capitalisation pour faire évoluer nos pratiques, sinon ça ne sert à rien.

Mon poste de prospective est vraiment né de ce côté organisation apprenante : on a développé la capitalisation en articulation avec la communication et le plaidoyer ; et inévitablement on s’est mis à observer ce qui se passait, les processus de changement en œuvre, pour construire nos messages. On a essayé d’articuler ça de plus en plus avec les possibilités d’évolution à plus long terme. On a singularisé la fonction de prospective par la suite. Mais la raison de l’existence de ce poste est aussi assez objective : le GRET a un financement public qui nous permet de mener cette activité. En échange, on rend nos travaux de prospective et de capitalisation publics.

Ne ferait-on pas mieux de mettre des moyens dans l’action, la réalisation de projets... ?

Moi je défends l’idée, avec un grand « i ». Ce sont les idées qui font bouger le monde. Si on n’est pas capables d’élaborer, à partir de nos expériences, de nos pratiques à petite échelle, des idées un peu plus globales, on passe à côté de quelque chose. Je pense qu’il faut investir dans ces réflexions, sans quoi il manque quelque chose. Ce serait appauvrissant de ne pas regarder autour de nous. Je constate d’ailleurs, y compris en interne, que cette capacité à comprendre notre environnement manque parfois de façon préjudiciable aux organisations de solidarité internationale.

On entend parler d’Afrique 2050, Sénégal Émergent 2025... Quelles sont les travaux de prospective majeurs dans la francophonie ces dernières années ?

Je ne les ai pas tous en tête. Nous en avons listé un certain nombre lors d’un travail de prospective dans un groupe avec Coordination Sud en 2015 [la liste de ces travaux est donnée page 19 du document de synthèse Coordination Sud 2030]. Cependant, il y en a un qui m’a particulièrement marqué à l’échelle du continent africain, qui était d’ailleurs à cheval entre un état des lieux et une prospective [Flux financiers illicites en Afrique]. C’est un travail qui analyse le manque à gagner du continent africain en lien avec les pratiques d’optimisation fiscale des entreprises. Piloté par Thabo Mbeki (ex-Président sud-africain) et financé par l’ONU, il montrait qu’il manquait 50 Milliards au budget du continent, du fait de l’optimisation fiscale, dont les états sont aussi complices. Sinon, le document de prospective de Europe 2030 est aussi tout à fait intéressant.

Qui commande ces travaux et comment sont-ils utilisés concrètement ?

Globalement, ce sont les grandes institutions : l’ONU, la Banque Mondiale, l’UE, l’Union Africaine, sans doute la francophonie... Les prospectives sont souvent menées à l’initiative de ces institutions. Elles cherchent à se donner les moyens de comprendre ce qui se joue à une échelle temporelle et géographique large, pour pouvoir ensuite soit influencer, soit accompagner, soit ralentir des changements politiques. Les travaux de prospective représentent un outil de pilotage et de décision.

Évidemment, il y a une réappropriation partielle de ce qui est proposé. Quand on produit une prospective, on ne s’attend pas à ce que le commanditaire s’en empare et dise « c’est ma stratégie ». Mais j’ai des exemples de prospective qui ont été ensuite la base de discussions très intenses, par exemple à l’Assemblée Générale de Coordination Sud. Ils regardent les idées qui les intéressent et trouvent des moyens d’agir là-dessus, de l’intégrer dans leur stratégie. Après, surtout quand la prospective est publique, chacun peut en faire l’usage qu’il ou elle veut. Elle peut aussi être déviée et dénaturée. Mais ça ne me semble pas être un risque à prendre en compte au moment du travail.

Quand on fait un tel travail, quelle est la marge d’erreur ? Est-il bien sérieux de faire des hypothèses sur ce qui va se passer dans 30 ans ?

Il y a dans l’analyse du temps présent la possibilité de mettre le doigt sur des éléments qui vont permettre de créer des scénarios, des possibles. On n’est pas que dans la projection mais aussi dans l’analyse de ce qui se passe aujourd’hui : ça limite la marge d’erreur. On sait qu’un problème sur lequel on met le doigt aujourd’hui aura forcément un impact sur ce qui se passera demain.

Typiquement, pour reprendre mon exemple, l’optimisation fiscale peut être démontrée comme étant à l’œuvre aujourd’hui. Rien ne dit ce qu’il en sera dans 15 ans, mais on ne risque pas de se tromper en disant que ce problème est une piste à explorer. Et après on peut imaginer des scénarios : est-ce que la communauté internationale va la réguler ou non, etc. Là il y a une réflexion de prospective.

Une seconde façon de juguler le risque d’erreur est de mener un travail de suivi régulier, par exemple tous les deux ans, pour réévaluer la stratégie en fonction des évolutions qu’on peut constater. Si on débouche sur un plan d’action, basé sur une prospective, on peut par exemple faire un premier plan à court terme puis suivre et refaire un travail de planification. Ainsi on affine au fur et à mesure.

Qu’est-ce qui fait une bonne prospective ?

Tout dépend de l’objectif. Faire une prospective sur des aspects de géopolitique mondiale, ou pour contribuer à l’élaboration de la stratégie d’une ou plusieurs organisations, c’est différent. Concernant les organisations, le gage de réussite est de commencer par faire un diagnostic sérieux et sincère des obstacles, limites, freins au fonctionnement de l’organisation. A partir de là, on peut voir comment ces blocages, freins etc. peuvent évoluer. Vont-ils bouger, se consolider... Cette réflexion doit nous mener sur des éléments clés de la dynamique de l’organisation.

Par exemple dans le cas de notre travail de prospective pour Coordination Sud, nous avons noté que le réseau est organisé en sous ensemble de collectifs. Cette organisation a son histoire mais elle est devenue obsolète et bloquante pour l’évolution de Coordination Sud. Elle empêche un certain nombre de choses. Une fois qu’on a trouvé ce qui fait problème dans l’organisation, on regarde comment on peut étayer cette hypothèse et quels seraient les leviers qui pourraient la faire évoluer.

Je pense aussi que la dynamique mise en place autour de la prospective est très importante. Elle doit à un moment donné faire l’objet d’un dialogue collectif pour amorcer l’appropriation du résultat. Sinon la prospective sera considérée comme extérieure et ne sera pas appropriée. Il faut passer du temps à faire la démonstration de l’intérêt du travail de prospective, car sinon, comme votre question le soulignait plus tôt, certains vont penser que c’est de l’argent et de l’énergie perdue et s’en désintéresseront.

La démarche de prospective peut-elle être conduite sur de petites échelles territoriales ?

Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas faire ça à petite échelle, même si je n’en ai pas l’expérience. Sauf à prendre l’échelle du monde entier on est toujours confrontés au problème des articulations d’échelles : si on prend une collectivité territoriale, par exemple une commune, on est obligés de faire une articulation dans un sens et dans un autre. Il faut monter en généralité, pour prendre en compte des facteurs d’évolution externes. Mais aussi regarder à des échelles inférieures, « désagréger », quelle que soit l’échelle que l’on retient. On ne peut pas faire une prospective sur une commune sans prendre en compte l’évolution des habitudes des individus, ni celle des évolutions des politiques nationales, régionales etc.

Avez-vous des idées particulières pour conduire une démarche de prospective sur les métiers du développement local ?

Je ne peux pas répondre à cette question sans être directement impliqué dans la démarche, mais je vais souligner deux pistes de changement un peu générales que je constate depuis des années et sur lesquelles il faudra forcément réfléchir. Mon message c’est de dire « c’est à ces évolutions que nous devons nous préparer » et ça commence à infuser au GRET et ailleurs.

La première piste, c’est d’anticiper la sortie de la logique de l’aide. Le monde de la solidarité internationale est encore très marqué par l’idée que le nord riche doit aider le sud pauvre. C’est ce qui structure le secteur. Or, et les ODD vont dans ce sens, je pense qu’on devra radicalement en sortir et se fixer des objectifs communs partagés qui justifient une coopération et une solidarité internationale. En gros, on rentrera en coopération « de territoire à territoire » parce que nous affrontons des problèmes qui ont beaucoup à voir ensemble. Les marges de manœuvre sont énormes par rapport aux pratiques actuelles. Par exemple, le GRET n’a aucune réalité territoriale en France, ce qui ne pourra pas durer : il faudra être légitime chez nous pour traiter d’un problème ailleurs.

La deuxième piste, c’est la sortie de la logique projet et subvention publique, vers un fonctionnement plus entrepreneurial. Je pense qu’il faut défendre l’idée que le social et la solidarité relèvent de l’appui du secteur public, mais le service et le produit doivent aussi trouver leur économie par une activité marchande. Il faudra néanmoins rester fidèle aux objectifs sociaux et notamment d’accessibilité des produits et services aux plus pauvres. Aujourd’hui il y de plus en plus d’entreprises qui veulent investir la SI. On doit entrer en relation ou en compétition avec ces entreprises, donc intégrer dans nos façons de faire une part de logique entrepreneuriale. C’est par exemple ce qui se disait lors de l’université prospective de la Fonda il y a quelques semaines.

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17/04/2018
Atelier du Réseau : prospective sur les futurs des métiers du développement

Du 11 au 16 juin 2018, le RAFOD organise un Atelier du Réseau sur la prospective à Lyon, avec les membres du Réseau des Praticiens du Développement. Cet atelier international, soutenu par la Région Auvergne-Rhône-Alpes et animé par le CIEDEL, permettra à des professionnels du développement de plusieurs pays de réaliser une prospective sur l'évolution des métiers du développement.

La prospective, un outil pour être actif face à l'avenir

La prospective est une discipline qui a pour objet l’évolution future du monde moderne. Elle permet de se positionner dans le présent pour influencer l’avenir à partir d'orientations choisies. Plusieurs scénarios sont élaborés, sur la base de nombreux facteurs. Charge ensuite à tous les acteurs du développement d'agir pour aller vers le plus favorable. En cela la prospective permet la construction d’une vision collective de l’avenir :

  • que peut-il advenir ?
  • et que pouvons-nous faire pour aller vers le futur le plus souhaitable ?

C’est à la fois une démarche pour accueillir le futur sans a priori ; et une méthode rigoureuse (avec un ensemble d'outils et de techniques).

Un atelier de prospective sur les métiers du développement, pour quoi faire ?

Les métiers du développement sont fortement contraints par des dispositifs projets. Les dimensions - en principe premières - de service (aux populations, acteurs sociaux, opérateurs économiques...), d'animation locale et de réalisations efficaces sont parfois mis à mal par les préoccupations de gestion administrative.

Il est essentiel de prendre le temps de faire un travail de fond pour réfléchir, entre professionnels de différents horizons (public/privé ; nord/sud ; thématiques de travail variées), à ce que nous voulons construire pour l'avenir de nos métiers.

Le Réseau des Praticiens du Développement - un espace idéal pour une prospective
Le Réseau international des praticiens du développement dispose de nombreux atouts pour réaliser ces prospectives : des professionnels aux parcours divers, engagés sur les territoires à des niveaux de responsabilité complémentaires et intéressés par l'évolution des pratiques de développement. Le Réseau est un espace de réflexion, d'échanges et d'autoformation qui vise notamment à co-construire et diffuser de nouveaux modèles de développement et d'engager des processus de transition sur les territoires.

Objectifs de l'atelier

  • Identifier les transformations à opérer dans les positionnements, relations et modes de faire pour promouvoir, favoriser et accompagner des démarches pertinentes et efficaces
  • Partager largement entre acteurs du développement local et de la solidarité internationale les questionnements, analyses et propositions issues de ce travail
  • Mettre en valeur, notamment auprès des acteurs du territoire Auvergne-Rhône-Alpes, des expertises du Sud

Le programme de l'atelier

Inscriptions

Les ateliers du réseau sont ouverts à l'ensemble des membres du Réseau des Praticiens du Développement. Ils contribuent à l'objectif principal du réseau : faire évoluer les savoirs et les pratiques de développement. La sélection pour l'atelier se fera sur la base d'une lettre de motivation et d'un CV (voir lien ci-dessous) et portera notamment sur :

  • Vos motivations pour participer à un travail de prospective, pour vous-même et pour le Réseau
  • Votre analyse des évolutions qui vous questionnent dans votre contexte de travail
  • La nécessité de constituer un groupe équilibré (divers) pour réaliser cet atelier de prospective.

Fiche d'inscription et modalités de financement

Partenaires de l'atelier

L'atelier est organisé avec le soutien financier de la Région Auvergne-Rhône-Alpes

L'atelier sera animé par le CIEDEL, avec la collaboration de Cap Rural, Delta-C, le REBAC (Réseau des Praticiens du Développement au Bénin) et le REPDEL (Réseau des Praticiens du Développement au Niger).

            

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14/02/2018
Des capsules ressources pour le Réseau

Nous travaillons actuellement sur un nouveau format de ressources pour alimenter le réseau sur le développement local et les transitions : les capsules ressources. Le but est de pouvoir fournir du contenu vidéo et/ou des supports écrits et visuels sur une thématique, afin de donner des premiers éléments d'enjeux, d'approche et de méthode. La capsule ressource aura un but introductif / de rappel dans un premier temps, avant de, pourquoi pas, imaginer des formats plus complets.

Pourquoi ces capsules ressources ?

Lors des derniers webinars, nous avons constaté une demande importante des membres de recevoir de l'information sur de nouveaux sujets. Les webinars laissaient finalement assez peu de temps pour s'approprier la thématique puis pour pouvoir échanger - dans des groupes hétérogènes et avec un intervenant expérimenté. En plus des problèmes de temps et de connexion. Ici vous pourrez visionner la capsule quand vous êtes disponibles et que vous avez une connexion.

Aussi nous mettons provisoirement les webinars entre parenthèses pour tester ce nouveau format. A terme, nous pensons qu'ils pourront devenir complémentaires.

Qu'est-ce qu'on entend par capsule ressource ?

Le format que nous avons imaginé est flexible mais est globalement le suivant :

  • Un ou plusieurs intervenants expérimentés sur la thématique présentent rapidement le cadre d'un sujet : description, enjeux, principes clés
  • Un schéma ou une vidéo retrace ensuite la/les/l'une des démarches méthodologiques possibles pour travailler le sujet
  • Plusieurs témoignages d'acteurs viennent compléter cette explication pour compléter, de préférence en vidéo, seuls ou à plusieurs
  • Des documents complémentaires peuvent être proposés pour approfondir

Point intéressant : la capsule ressource peut parfaitement être proposée et réalisée par un membre du Réseau, avec l'appui ou en coordination avec l'équipe RAFOD

Par quoi va-t-on commencer ?

La première capsule ressource en phase de test concernera la prospective territoriale. Concrètement, vous pourrez y découvrir la prospective territoriale (c'est quoi, à quoi ça sert, quelles étapes et points clés?) et entendre les témoignages de plusieurs professionnels du Réseau après une première approche de la prospective territoriale. Vous pourrez ainsi vous faire une idée, échanger des idées, voire décider d'approfondir le sujet à plusieurs.

C'est aussi un bon moyen de découvrir cette approche qui constituera le thème du prochain atelier du Réseau, point de départ du programme In'Co.

 

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08/02/2018
Comment les membres d'une diaspora peuvent contribuer au développement local dans leur pays d'origine. Point de vue de Migrations & Développement.

Marianne Poisson est chargée de projet co-développement pour Migrations & Développement, une association qui travaille en France et au Maroc pour faire le lien entre les migrants et leur pays d’origine (et inversement). Concrètement, Migrations & Développement accompagne des associations de migrants marocains en France pour monter des projets dans leur pays d’origine, et les territoires marocains pour identifier et associer la diaspora dans leurs projets de développement.

Bonjour Marianne. Pour commencer cette discussion, peut-on se mettre d’accord sur ce terme, migrants, qui semble englober de nombreuses réalités bien différentes.

Le terme migrant pose effectivement beaucoup de questions dans notre approche. D’abord, il n’y a pas de définition partagée, universelle, de ce mot. La définition la plus consensuelle, c’est une personne qui vit dans un pays qui n’est pas son pays d’origine. C’est donc une personne qui s’est déplacée dans sa vie.

Et c’est là que les problèmes dans l’utilisation du terme « migrant » commencent à se poser puisque dans le cas de Migrations et Développement, on intègre aussi les enfants ou les petits enfants de ces personnes. Nous préférons donc parler de diaspora, soit toutes les personnes qui ont un lien « historique » avec le Maroc mais qui vivent à l’étranger.

Et puis si on regarde autour de nous, il y a des groupes spécifiques ou des appellations spécifiques : rien qu’au Maroc on parle de migrants économiques, réfugiés, personnes régularisés, personnes en attente de régularisation, migrants clandestins, communauté d’étudiants d’Afrique Subsaharienne… Donc dire qu’on travaille avec les migrants ça peut vouloir dire plein de choses et on imagine bien que tous ces groupes n’ont pas les mêmes besoins ou les mêmes enjeux.

 

Les structures qui travaillent « avec les migrants » sont donc spécialisées et ont chacune leur approche spécifique ?

Oui. Toujours au Maroc, Migrations & Développement se focalise par exemple sur le développement local, la gouvernance, l’animation du territoire, l’environnement et donc globalement l’intégration de la diaspora pour un développement durable.

L’ACIM (Agence de l’Entrepreneuriat en Méditerranée) travaille aussi avec la diaspora, mais s’oriente plutôt sur l’accompagnement de projets d’entrepreneuriat au Maghreb notamment, comme Anima (Plateforme de coopération pour le développement économique en méditerranée).

Ça c’est vraiment pour la partie développement. Sur le champ migration, si l’on parle des flux de migrations et des personnes en situation précaire, ce sont plus de grosses ONG, le secteur de l’humanitaire. Ce ne sont pas les mêmes métiers.

Certains voient l’émigration comme un handicap pour un pays ou un territoire. Vous pensez au contraire que la diaspora, les émigrés donc, peut être une chance. Que peut apporter concrètement la diaspora ?

D’abord, ils peuvent apporter des compétences. Leur expérience à l’étranger leur permet en général de développer des compétences spécifiques souvent précieuses pour le pays d’origine. Parfois uniques.

Et puis il y a la question de l’innovation. Au Maroc, les Collectivités Territoriales l’ont bien compris. Elles disent en général « on n’a pas trop besoin d’argent pour monter les projets ; par contre on a besoin d’idées. Les territoires ont vraiment besoin de techniques différentes, de solutions différentes des modèles classiques.

La diaspora compte des personnes très qualifiées et à travers l’échange il peut y a voir des idées nouvelles qui émergent, pas forcément des reproductions de modèles de développement. L’échange entre la diaspora et le territoire permet d’imaginer comment adapter une technologie à un contexte différent de celui dans lequel elle a été conçue.

Les membres de la diaspora peuvent aussi être à l’origine de rapprochements entre collectivités territoriales et notamment de coopérations décentralisées. Un élu français avec des origines marocaines peut décider de lier un lien avec son pays d’origine. Ou des associations de migrants en France, en nouant des liens avec des Collectivités Territoriales dans leur pays d’accueil, peuvent aussi ouvrir la voie à une coopération décentralisée.

C’est donc vraiment ce mélange de compétences, de partage d’idées et de réseau qui peut apporter une vraie plus-value aux territoires.

Quel est votre rôle dans tout ça ?

Notre mission c’est de dire que la diaspora peut apporter quelque chose au pays, à une région, à un village. En fait la diaspora fait partie du territoire, elle est l’une des ressources, l’une des données, l’un des acteurs. On est là pour interpeller les Collectivités Territoriales sur les questions de migration. Il faut sensibiliser, les inciter à intégrer les questions de migration dans leur planification.

Il y a une vraie question à poser sur la table : les membres de la diaspora, qu’est-ce que vous pouvez faire pour eux, qu’est-ce qu’ils peuvent faire pour vous ? Les questions doivent être soulevées au niveau des instances de gouvernance locale. Il faut qu’ils recensent leurs migrants. Une fois cela fait, on peut évidemment les aider sur la méthodologie, la mise en relation. Je pense qu’en se posant cette question au niveau local on va pouvoir trouver des solutions originales et inspirer d’autres territoires.

A l’inverse, il faut aussi vraiment que ces CT s’attachent à traduire les évolutions de la législation nationale sur la migration dans leurs pratiques. Il y a par exemple un travail qui se fait sur l’appui aux migrants marocains à faire valoir leurs droits ou ceux de leurs ayants droits au Maroc (retraite…).

Avec qui travaillez-vous pour aider les acteurs locaux à intégrer la diaspora comme un facteur ou un levier de développement ?

Au Maroc, on a commencé à travailler il y a 30 ans avec des acteurs qui travaillaient au niveau d’un village. Ils ont mobilisé d’autres personnes de leur entourage et ont commencé à mener des projets dans plusieurs villages, surtout des petits projets d’infrastructures. Et puis ils ont commencé à monter des associations villageoises en y associant des membres de la diaspora, pour travailler ensemble, valoriser les produits du terroir – safran, olive, cactus. Petit à petit l’État marocain a donné de plus en plus de poids et d’attribution aux Collectivités Territoriales, notamment les communes. Nous avons donc logiquement commencé à travailler avec eux sur des questions de stratégies de développement, de démarche participative, de diagnostic…

Côté France, on travaille avec des associations issues de la diaspora mais aussi des individus. Le constat que l’on fait c’est que la communauté n’est pas toujours organisée mais qu’il y a des initiatives individuelles et beaucoup de ressources – expertises, réseau – ce que j’appelle souvent soft power. On a donc cette approche double même s’il faut parfois passer de l’individu à l’association pour des questions juridiques.

Vous percevez des évolutions ces dernières années, avec l’émergence de la migration comme un thème majeur, au moins en Europe ?

Au Maroc la question est de plus en plus prise en compte par les pouvoirs publics. Ça fait longtemps qu’il y a des programmes avec les « marocains du monde » – par exemple des programmes d’accueil pendant la période où les gens rentrent au pays des vacances. Aujourd’hui, il y a un Ministère spécialement dédié aux migrants résidant à l’étranger et aux affaires de la migration.

Le Maroc est aussi un pays de transit important pour la migration vers l’Europe, donc pas uniquement un territoire d’émigration. Depuis quelques années il y a une vraie réflexion et une législation qui s’est mise en place notamment pour faciliter la question de l’intégration au Maroc. C’est dans les textes mais ce n’est pas encore vraiment appliqué au niveau local.

Il y a des enjeux énormes – avec des personnes qui sont là qui prévoient de partir mais qui peuvent rester longtemps. Et donc évidemment on se pose aussi la question de notre rôle là-dedans. Après, les questions des flux migratoires ou juridiques, ce n’est pas notre cœur de métier.

Y a-t-il des champs à investir, ou des champs sur lesquels les bailleurs attendent les organisations qui travaillent avec des migrants ?

Il y a la question de l’intégration. Au Maroc j’ai l’impression que les gens et les organisations ont une vision dure sur les migrants subsahariens. Le regard est assez négatif. C’est malheureusement sûrement un constat universel, mais au Maroc c’est particulièrement marqué.

Sur certains territoires on confie bien volontiers un rôle aux migrants : dans les régions agricoles par exemple ils se voient confier les tâches pénibles, et il y a un fort besoin de main d’œuvre. Mais on touche là à une vraie interrogation sur l’orientation des migrants : est-ce tout ce qu’ils peuvent apporter ? Est-ce un modèle d’intégration souhaitable ? Évidemment non.

On a développé quelques ateliers de sensibilisation sur la migration mais pour l’instant rien de très organisé ou récurrent mais il y a certainement un travail à faire. Par contre en France on travaille avec des groupes de jeunes sur les questions d’interculturalité, de regard, d’origine, donc quelque part c’est la même chose.

Une autre question qui se pose pour nous aujourd’hui, et sans quitter notre cœur de métier, c’est comment les subsahariens au Maroc forment une diaspora vis-à-vis de leur pays à eux ?

Est-ce que vous voyez de nouveaux métiers émerger autour du travail avec les migrants, entre migration et développement en quelque sorte ?

Je vois un métier en particulier. Au Maroc on essaye d’aider à développer la fonction d’agent de développement communal en charge du lien avec la diaspora. On essaye de créer ça avec une douzaine de communes avec qui on travaille. Cet agent a pour mission de faciliter le lien entre les territoires et les migrants, la diaspora, en lien avec les contraintes et atouts de chacun.

C’est un métier qui n’existait pas alors que les Collectivités Territoriales ont des pouvoirs importants mais des ressources humaines limitées. On a voulu essayer d’appuyer la création de cette fonction avec des zones pilotes, un schéma de formation pour ces agents, la définition de la fonction... Globalement ce sont des gens qui connaissent le territoire, différents acteurs et besoins, donc ils ont une orientation développement local. Mais ils sont en charge de faire le lien avec la diaspora et peuvent faire les connexions pour faciliter les projets. C’est vraiment une nécessité. En fait c’est un peu le métier de Migrations & Développement confié aux Collectivités Territoriales.

Et puis du côté français, je pense qu’on a besoin de personnes capables d’accompagner le montage d’associations et de projets, de lien avec les bailleurs… Les associations de migrants sont souvent petites, avec des gens très motivés et engagés mais qui ont du mal à faire ce travail. Il faut donc les accompagner et leur transmettre cette compétence.

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19/01/2018
Webinar Internationalisation des Villes et des Territoires

Le colloque sur l'Internationalisation des villes et des territoires, organisé les 11 et 12 décembre à Lyon, a rassemblé professionnels, élus et chercheurs autour d'une interrogation majeure : quel est l'avenir de la relation entre territoire et international, alors que la coopération décentralisée qui a un temps caché toutes les autres formes d'internationalisation est aujourd'hui en crise. Un webinar a été organisé au sein du Réseau des Praticiens du Développement le 14 décembre 2017 pour faire le point sur quelques questions clés soulevées pendant le colloque.

La coopération décentralisée est en crise et paradoxalement les réseaux internationaux de villes et les territoires n'ont jamais été aussi nombreux. L'attractivité à l'international devient une source de préoccupation majeure. Que se passe-t-il ? Quel intérêt y a-t-il dans toutes ces relations ? Ce sont les questions soulevées (et alimentées) par l'intervenant de ce webinaire :

  • Intervenant : Bernard Husson, ancien formateur au CIEDEL et animateur du programme de recherche et du colloque sur l'internationalisation des villes et des territoires

L'enjeu du webinar et de la thématique

Le webinar fait suite à un colloque international organisé par le CIEDEL (300 participants les 11 et 12 décembre à Lyon), qui a rassemblé de nombreux soutiens comme la Région Auvergne Rhône-Alpes, le Grand lyon, le CNFPT, l'AFD, l'AUF, SciencesPo Lyon, Cités Unies France, l'UE... Le succès du colloque s'explique par les transformations très importantes que connaissent les territoires qui doivent totalement repenser leur rôle, leurs relations et leurs actions à l'international. Face à ces incertitudes, des opportunités, comme la possibilité de devenir des acteurs majeurs des transitions.

Documentation :

Vidéo du webinar (audio)

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18/12/2017
Focus acteur : Latyr Ndiaye, coordinateur de programme cohésion sociale et jeunesse au Sénégal

Latyr Ndiaye est expert en développement local pour le PNUD. Il travaille comme coordinateur sur un programme cohésion sociale et jeunesse basé sur les régions de Matam et Tamba (le PROCOSOC), qui cible les jeunes de 18 à 35 ans – lutte contre les formes de violence et opportunités d’emploi. Auparavant, il a travaillé pendant 12 ans en collectivités territoriales et s’est spécialisé dans l’aménagement des territoires ruraux.

Bonjour Latyr. Tu travailles aujourd’hui pour le PNUD, au Sénégal. Tu peux nous en dire plus sur le programme, ta mission, et comment tu travailles ?

Bonjour. Je voudrais d’abord parler du contexte du projet. On travaille en Afrique de l’Ouest, au Sénégal, dans 2 régions limitrophes du Sahel. Il y a donc des formes de violence liées à la radicalisation, l’émigration clandestine… c’est une région un peu instable et cela pose des questions au Sénégal. Le PNUD a donc formulé un projet avec la coopération japonaise et le gouvernement du Sénégal pour permettre aux jeunes de développer des activités économiques qui leur permettent de rester au Sénégal, d’avoir des perspectives en profitant du cadre de vie qui regorge de potentialités pour l’instant peu développées. On touche à l’aspect économique pour donner un avenir aux jeunes.

Le premier travail que j’ai dû réaliser c’était donc de mieux explorer les potentialités des deux régions. On a fait un diagnostic complet, qui a mis en valeur les secteurs porteurs. Sur cette base, nous avons fait formuler avec les élus, l’Agence Régionale de Développement (ARD), l’administration territoriale, les organisations communautaires de base – de tous petits projets pour les jeunes, qui ont ainsi les moyens de s’exprimer et de participer au développement local. Le but c’est de leur montrer là où il y a des potentialités et de leur donner des petits moyens pour commencer à faire quelque chose.

En amont de la création de projets, il y a donc de la formation. Par exemple, il faut renforcer tout ce qui est esprit d’entreprenariat, connaissance de l’environnement économique des 2 territoires. Cela peut permettre aux jeunes de formuler des projets. On a déniché des secteurs porteurs avec par exemple le maraîchage et l’exploitation/transformation des produits locaux. On a formé plus de 130 jeunes pour pouvoir produire avec des moyens très réduits, mais suffisant pour avoir une activité.

Notre but dans tout ça, ce n’est pas de créer de petites bulles économiques mais de les mettre en lien avec l’environnement – de créer des chaines de valeurs. Dans le programme, je dois surtout pouvoir insuffler une dynamique de développement territorial. Il y a beaucoup d’acteurs – y compris l’Agence Régionale de Développement qui coordonne le développement local à l’échelle Régionale. Le cadre  de concertation existait mais ne vivait pas. A travers un comité de pilotage et un comité technique restreint, on a su remettre les acteurs ensemble pour réfléchir un peu globalement, et leur faire comprendre l’intérêt du projet que nous portons.

Ce n’est pas un peu le grand écart pour toi entre développement local et programme d’une organisation internationale, qui peut paraitre plus descendant ? Tu travailles toujours pour le développement local ?

Pour être honnête, je n’étais pas dans la formulation du projet du PNUD. A mon arrivée j’ai vu qu’il y avait des incohérences : les élus n’étaient pas inclus ; le projet ciblait particulièrement l’équipement en kiosques mobiles solaires pour développer l’activité. J’ai fait des propositions pour développer d’autres activités génératrices de revenus, car l’idée de base n’était pas forcément adaptée au territoire.

Ceci dit, il y a vraiment des possibilités pour raccrocher le projet aux besoins locaux, même au PNUD. Je n’ai pas été recruté pour travailler uniquement sur les kiosques, plutôt faire bouger le territoire avant de mettre en œuvre le projet. J’ai par exemple ciblé l’ARD et nous avons signé une convention – alors qu’ils n’étaient pas inclus au début du projet. C’était stratégique pour moi que les acteurs s’organisent autour de l’ARD.

Il y a évidemment des difficultés pour faire du développement local au sein d’une grosse institution. Le PNUD est à Dakar et moi à Matam mais j’ai profité de chaque opportunité pour faire pencher le projet dans la bonne direction. Ça passait par insister pour avoir 5 minutes par-ci par-là avec le team leader, après une réunion. C’est comme ça que le directeur pays s’est mis à m’écouter, j’ai gagné sa confiance. Une fois, il m’a convoqué et m’a parlé d’un programme qui suit ce projet – ce qui me fait dire que mon pari est réussi.

Quand on arrive dans une grosse machine comme celle-là il faut être très stratégique et rebondir à temps, donner de la perspective. C’est une grosse machine mais j’ai travaillé avec une équipe qui est loin d’être sourde. J’ai pu renverser la tendance, et le projet montre déjà des résultats intéressants.

Quels sont tes défis au sein du PNUD ?

Je ne suis pas là pour faire de la mécanique, de la mise en œuvre, mais aussi pour réfléchir. Quand on a la volonté de faire bouger les choses, on y arrive. Dans le contexte du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest – le projet est bien mais il faut l’inscrire dans le temps, la perspective. Le problème ce n’est pas uniquement l’emploi ; ce n’est pas non plus uniquement les instances et les politiques publiques. Je pense qu’il faut redonner la voix aux jeunes (18-35 ans) qui ne participent pas trop à la vie de la communauté ou des instances qui décident pour eux. Il faut donner de la voix aux jeunes et les positionner par rapport au développement, sur des choses très concrètes.

Pour donner un exemple, j’ai poussé pour créer un réseau qui vit aujourd’hui à travers Facebook. On a plus de 1500 jeunes qui donnent des avis par rapport à des phénomènes sociaux comme la violence dans les ménages, l’utilisation des drogues, la radicalisation… C’étaient des sujets tabou et aujourd’hui, on a changé les choses. C’est extraordinaire on redonne une place aux jeunes qui ont plein d’idées. C’est un premier pas pour qu’ils investissent les cadres de décision – parlent de leurs problèmes au quotidien, de la gouvernance à la formulation des politiques publiques. Donc même en partant d’un projet, on peut faire bouger les choses sur le long terme.

Le PNUD, c’est un bon cadre pour moi pour avoir un vrai impact au niveau du territoire. J’ai eu du mal à me décider – pour changer les choses, devais-je être un élu, fonctionnaire dans un ministère. J’ai réfléchis et pris une autre voie. Je sais comment fonctionne l’appareil d’État pour avoir travaillé 12 ans et je voulais découvrir autre chose. Je ne suis pas venu au PNUD pour une fiche de poste - au-delà de mes missions, je peux me rendre utile et donner une touche particulière à ce projet.

Tu as travaillé du côté des communes et du Ministère avant ta formation en France. Ça fait quoi de passer de « l’autre côté de la barrière », côté bailleur ou société civile ?

Je n’ai pas de préférence mais c’est complémentaire. Au sein des collectivités territoriales, la question du rapport entre élus et techniciens se pose. C’est difficile pour les techniciens de faire bouger les choses dans les CT, avec des élus qui ont leur propre agenda. L’approche est plus compliquée – ça a été toujours un problème pour moi – l’angle par lequel je percevais le problématiques était différent de celui de l’élu. On était en conflit tout le temps car ma légitimité c’était les compétences mais lui était élu donc pensait plus à son siège ; les compétences il s’en fichait si cela ne l’aidait pas pour la suite. Je pense qu’au niveau local, nous ne vivions pas pleinement la démocratie. Mon combat c’était de faire participer la population, la société civile, mais ça ne passait pas. Les élus se sentaient défiés et craignaient la concertation.

Dans le cadre des ONG, il faut être efficace et apporter rapidement des réponses – par exemple dans l’urgence. Avec souvent des projets courts. Ça ne veut pas dire qu’on ne s’inscrit pas dans le temps, que l’on ne peut pas poser des jalons pour la suite à côté du projet. Je pense qu’aujourd’hui dans les ONG il y a plus de capacité d’écoute. Les fiches de poste insistent d’ailleurs beaucoup sur les savoir-être, alors qu’en CT c’est surtout les compétences. Aujourd’hui je suis plus libre, on m’écoute et les décisions tiennent compte de mon avis.

Tu as fait une formation au CIEDEL, à Lyon 2, puis à Bioforce. Quelle place ces formations ont eu dans ton parcours ?

Si je reviens sur mon parcours, vous allez comprendre pourquoi j’ai eu besoin de ces formations. J’ai d’abord été formé en lettres et me destinait à l’enseignement. Je partais alors souvent en vacances en zone rurale, ce qui m’a permis de constater un fossé extraordinaire avec ce que je vivais à Dakar. En plus les personnes qui décident pour le développement en milieu rural ont d’autres environnements contextuels et ont l’habitude de calquer leurs actions alors que les enjeux sont différents. J’ai voulu travailler pour le milieu rural et après un service civique j’ai été recruté pour une CT – j’y ai bossé de 2000 à 2012. C’est là que j’ai appris le fonctionnement d’une CT, de la décentralisation…

Je me suis retrouvé avec des questions auxquelles je ne savais pas répondre. Je faisais la même chose chaque jour, j’étais limité par des textes juridiques, des pratiques. L’administration ne voulait pas qu’on innove, qu’on apporte des nouveautés. J’ai appris au CIEDEL à me décentrer, ne pas être un automate, interroger ce que je fais et trouver des instances pour améliorer ce que je fais. Mes collègues de formation m’ont beaucoup apporté en expliquant notamment comment fonctionnent les ONG, la société civile…

Ça m’a donné envie d’aller voir ailleurs. A Lyon 2, d’abord, pour mieux comprendre l’aménagement du territoire puisque je butais sur ces problèmes. Je me suis rendu compte que l’aménagement n’était pas que l’affaire des CT – les ONG investissent ce domaine mais n’y réfléchissent pas trop. J’ai donc fait le choix d’aller vers les ONG. J’ai complété ma formation à Bioforce. J’ai pensé que j’aurais plus de possibilités de faire changer les choses avec les ONG et pour tout dire, je suis actuellement très content de ce que je fais.

Est-ce qu’il y a une expérience qui t’a particulièrement marquée dans ton parcours et qui t’as amené à chercher ces formations ?

En fait ce n’est pas un événement mais une série de frustrations qui m’ont poussé à me former. En collectivité j’étais souvent apprécié pour mon travail. Mais je pensais qu’on pouvait faire mieux. Je ne m’autosuffit pas de ce que disent les gens. Le problème c’est que je manquais de légitimité pour faire passer mes idées : dans les forums un peu relevés, en tant que secrétaire communautaire je n’avais pas mon mot à dire. J’ai aussi été refusé à l’ENA – pas le diplôme suffisant. Au Sénégal si tu n’as pas un diplôme, un statut, tu as du mal à faire changer les choses, même si tu as les compétences.

Aujourd’hui je suis invité régulièrement. On me fait les yeux doux politiquement, pour avoir mon avis… J’arrive désormais à avoir du poids. La contrepartie c’est que je me consacre beaucoup au projet et à réfléchir pour créer des évolutions plus profondes : je bosse le week-end pour essayer de faire des input qui modifient l’avenir du projet. Franchement, je suis plus efficace pour répondre à des questions importantes là où je suis. Je suis sûr qu’on peut être pertinents et efficaces.

Que penses-tu du rôle du réseau et quel impact peut-il avoir ?

Je pense qu’on doit se positionner sur des questions de développement – organiser des forums, des réflexions sur des problématiques qui se posent aujourd’hui. Il y a des structures qui réfléchissent sur plein de thèmes, mais elles ne sont pas plus légitimes que  nous, réseau.

Si je prends le Sénégal, on parle de l’acte 3 de la décentralisation. Il y a une panne – mais pas de réflexion pour la résoudre. La seule initiative c’était les assises de la décentralisation puis cette réforme – mais il reste pas mal à faire. Qu’est-ce qui empêche les collectivités locales d’organiser des évènements pour contribuer par exemple.

En tant que secrétaire communautaire, j’avais pris l’initiative d’organiser un forum sur le code des marchés publics et comment il se traduisait dans les pratiques. C’était ambitieux mais on a mobilisé l’administration territoriale une semaine pour échanger et faire des propositions. 2 ans après le texte des marchés publics a été revu et certaines propositions prises en compte. C’est pour ça que je pense qu’on peut faire des propositions et trouver les moyens de les porter, sur des choses très précises, pointues. Ceux qui le font actuellement ne sont pas plus capés que nous.

Un auteur ou un livre que tu aimes bien ?

Bourdieu – pour ses apports sur la participation. Je ne peux pas le citer exactement mais en gros il dit un peu que «  la participation a été fabriquée par les dirigeants pour se foutre de nous », il y a une participation fabriquée pour légitimer le politique et ce n’est pas là une vraie participation. Au-delà, c’est un super sociologue. Les études des sociologues sont primordiales, ce sont eux qui ont le plus apporté au développement. Ils ont su placer l’humain au centre de tout ce qui se fait en termes de développement. Si ce que j’ai à faire ne répond pas à l’humain, je ne trouve pas la nécessité de le faire. L’échec de notre modèle économique ou la crise de la politique c’est ça, c’est parce que l’humain n’est plus au centre de ce que nous pensons et faisons. Ça me fait penser à un autre livre que j’ai lu – sur la méthodologie de recherche en sciences sociales – très inspirant en termes de structuration de nos questions. Il me fallait une méthodo pour me poser des questions et circonscrire les problématiques.

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10/12/2017
Le programme In'Co - intelligence collective pour le développement local - présenté

En 2017, le RAFOD a développé un programme pluriannuel de travail et d'intelligence collective autour des transitions pour le Réseau des Praticiens du Développement - le programme In'Co. Ce programme a été construit sur la base d'un diagnostic interne réalisé par le RAFOD au sein du Réseau des Praticiens du Développement. Il vise à faire du Réseau des Praticiens du Développement un réseau pilote dans l'engagement des dynamiques de transitions et la mise en oeuvre des ODD au niveau local, dans 8 pays. Le programme In'Co est désormais en phase de recherche de financement et devrait démarrer courant 2018. Certains élements du programme pourraient encore évoluer d'ici là.

Concrètement, In'Co doit permettre aux professionnels membres de ce réseau de :

  • S'approprier les enjeux internationaux et locaux des transitions et des Objectifs du Développement Durable (ODD) ;
  • Expérimenter des actions innovantes liées aux transitions et à l'ancrage des ODD sur les territoires ;
  • Développer de nouvelles formes de collaboration facilitant la construction et l'échange de savoirs et de pratiques.

Découvrir In'Co

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